Chapitre 1 : Analyse des causes de la défaite


Chapitre 2 : Les responsable de la défaite de la France


Conclusion


Annexes


Analyse des causes de la défaite

Les précisions citées dans le texte ci-dessous permettent de mieux comprendre l'acharnement avec lequel les militaires dont Pétain,
qui venaient d'arriver au pouvoir dès le 16 juin 1940, firent preuve pour rejeter la responsabilité de ce désastre de nos armées sur les hommes politiques et plus particulièrement sur les gouvernements de 1936 à mai 1940.
Le tableau de la production d'armement présenté en fin de texte permet de constater que ces gouvernements, pendant quatre années, réorganisèrent la production française et qu'en réalité ces militaires furent bien les principaux responsable de cette débâcle.
Il est aussi nécessaire de rappeler qu'en 1934, année durant laquelle Pétain fut ministre de la guerre,
il n'utilisa que 2/3 des crédits militaires votés en 1933 et qu'en 1935, sous le gouvernement Laval, le budget militaire fut réduit de 40 %.

Il n’est guère possible d’aborder judicieusement un exposé sur la défaite sans citer les premières phrases de l’appel du général de Gaulle, du 18 Juin 1940 :
« Les chefs, qui depuis de nombreuses années, sont à la tête des armées françaises, ont formés un gouvernement.
Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées, s’est mis en rapport avec l’ennemi pour cesser le combat.
Certes, nous avons été, nous sommes submergés par la force mécanique, terrestre et aérienne de l’ennemi.
Infiniment plus que leur nombre, ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui nous ont fait reculer. Ce sont les chars,
les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils en sont aujourd’hui ».
Pour bien suivre cette analyse, citons des faits majeurs et incontestables sur les conceptions personnelles de ces chefs militaires quant à l’organisation de nos armées.
Mises en pratique, ces différentes conceptions les ont amenés à la défaite et, le 16 juin 1940,
à former un gouvernement pour demander un armistice.

Extrait du livre « 1940-1946 ce qu’il faut savoir » par Jean Marielle – 2008 Editions jean Marielle, à Vichy.

Les responsable de la défaite de la France

Le maréchal Pétain, l’un des artisans de la victoire de la guerre 1914-1918, était considéré comme leur oracle par beaucoup de militaires. En 1924, il disait que 400 chars étaient suffisants pour l’armée française.
Il fut commandant en chef et vice-président du Conseil supérieur de la guerre jusqu’en 1931, puis, inspecteur de la défense aérienne du territoire. Il devint ministre de la guerre en 1934 et durant l’année passée à ce poste,
il ne fut commandé que 7 chars. Il n’utilisa pas tous les crédits militaires votés en 1933. Il fit de l’aviation une arme à part entière, dont il enleva le commandement direct au général en chef de nos armées, le général Weygand.
Celui-ci, dont les unités ne disposaient plus que de quelques anciens avions de reconnaissance, devait alors, demander de l’aide au Commandement de l’armée de l’air, dont le QG était à des dizaines de kilomètres.
Devant cette aberration, le général Weygand demanda la réunion de Conseil supérieur de la guerre à son président, le ministre de la guerre, le maréchal Pétain. Il n’obtint jamais de réponse. De plus, Pétain orienta le choix de cette nouvelle arme vers des appareils de bombardement de nuit avec une chasse d’accompagnement, au détriment des avions de chasse classique et des bombardiers légers,
nécessaires au soutien des combats de l’armée de terre. Ce même maréchal écrivait, en 1937,
dans la préface du livre du général Chauvineau :
« Notre doctrine est la vraie, le char est fait pour appuyer, l’infanterie, ne pas lancer des unités cuirassées dans l’espace » (unité cuirassée : était l’appellation française d’unité blindée).
Pendant ce temps, l’Allemagne constituait des unités blindées, chacune d’elles épaulée par un groupe d’aviation (appareils de reconnaissance et bombardiers légers, les Stukas) avec liaison radio pour être vraiment opérationnelle.
Le 18 Mai 1940, devant l’avance des armées allemandes, Paul Reynaud président du Conseil des ministres,
peu au courant des réalités militaires croyant alors que l’armée allait se ressaisir par la présence du maréchal Pétain dans son gouvernement,le fait entrer comme vice-président. C’est le début du processus qui va aboutir à l’armistice.

Le général Weygand, pendant la guerre 1914-1918, est le chef d’état-major du général Foch. Commandant en chef des armées en 1931 et atteint par la limite d’âge, en 1935, il part en retraite.
Le général Gamelin le remplace mais Weygand est rappelé en 1939 et prends, à Beyrouth, le commandement e chef du théâtre des opérations en méditerranée orientale.
Appelé par Paul Reynaud, le 20 Mai, il accepte le commandement en chef des armées françaises sous réserve que la marine et l’aviation passent sous son commandement, ce qui lui est accordé sur le champ.
Malheureusement , peu au courant des opération militaires en cours en France, sans rencontrer son prédécesseur, le général Gamelin, il suspend les instructions de ce dernier,
dont l’ordre de contre-attaque visant à briser l’avance des blindés allemands vers la mer, ordre remis en main propre par Gamelin au général Georges, (Instruction personnelle secrète N°12)(2).
(2) Source : Les soixante jours qui bouleversèrent l’Occident (page 141) par Benoist Méchin – 1956 Editions Albin Michel Il veut, au préalable, prendre contact avec le roi des Belges, le général Gort commandant les troupes anglaises et les généraux Billotte et Blanchard. Ce n’est que le 24 Mai qu’il donne des ordres aux armées.
Mais en cinq jour de cette nouvelle forme de guerre, à laquelle il est quelque peu étranger,
les données sur le terrain se sont tellement modifiées que la réorganisation du front s’avère presque impossible et les armées se trouvant en Belgique et dans le nord de la France sont pour ainsi dire encerclés et acculées à la mer.
C’est le désastre de Dunkerque où, du 29 Mai au 4 Juin, environ 500.000 soldat anglais et français embarque pour l’Angleterre et, le 14 juin, les Allemand entrent dans Paris.
Weygand se rallie alors à Pétain, partisan d’un armistice. Dès la formation du gouvernement Pétain, qui remplace celui de Paul Reynaud qui vient de démissionner, le 16 Juin, il devient ministre de la guerre.

L’amiral Darlan:

Il sort de l’école navale en 1902

Il Participe à la guerre de 14-18 sur le front terrestre à la tête de batteries de canonniers marins

En 1926-1934,il devient le chef de cabinet de Georges Leygues, ministre de la marine, il prend une part active à la reconstitution de la flotte et à la réorganisation de la marine

En 1934-1935,il commande l’escadre de l’Atlantique Nord

En 1936-1939, chef d’état-major de la marine

En 1939, il reçoit le titre d’Amiral de la Flotte.

En juin 1940, la flotte étant presque intacte,

il est contre un armistice et dit à ses proches qu’il va continuer le combat.Mais en contrepartie d’un poste de ministre que lui propose Pétain , il se rallie à lui et accepte, dans les conditions d’armistice,
le désarmement de notre marine, la seconde du monde. Il porte une lourde responsabilité dans la durée de la guerre. En Février 1941, Pétain en fait son dauphin officiel.
Il s’agissait de poursuivre la collaboration, même celle militaire.

Le général Huntziger:

En juin 1940, Pétain le charge des négociations d’armistice et en Septembre, il en fait son ministre de la guerre en remplacement du général Weygand, qui, opposé à toute collaboration avec l’Allemagne, vient d’être envoyé en Afrique du Nord.

Il sort de Saint-Cyr en 1902 puis affecté dans l’infanterie de marine

1914-1918, attaché à l’Etat-major Allié au Moyen Orient. Ensuite, il accomplit de nombreuses missions à l’étranger (Roumanie, chine, Brésil, etc…)

Il devient membre du conseil supérieur de la guerre en 1938

En Mai 1940, il commande l’armée qui tient le front de Sedan à Montmédy, avec sur sa gauche, au nord de Sedan, l’armée du général Corap qui avait fait mouvement en Belgique jusqu’à la rive gauche de la Meuse.
Cette armée subit l’attaque du 41ème corps des blindés du général Reinhard, sans recevoir le soutien de notre aviation qui n’intervient qu’après que cette unité ait été sévèrement bousculée.
Le général Huntziger qui tient Sedan, au lieu de faire face et de tenter de porter secours à l’armée Corap, abandonne le secteur et se réfugié à Verdun,
(Cette attitude du général Huntziger est sévèrement jugée dans le livre- 1940 La guerre des occasion perdues – du colonel Goulard, chez Hachette, 1956) laissant Sedan et une vingtaine de kilomètres sans aucune défense,
avec, sur la Meuse et son canal, les ponts intacts, à Sedan et à Remilly, par lesquels s’engouffrent les colonnes du 19ème corps blindé du général Gudérian, qui, la veille, regroupées dans la plaine devant la Meuse,
n’avaient subi aucune attaque de l’aviation française, mais seulement des tirs sporadiques de l’artillerie, qui devait, selon les ordres, ménager ses munitions pour la grande attaque.
Cette artillerie fut rapidement réduite au silence par les attaques massives des Stukas. Après cette faute incroyable de ne pas avoir fait sauter les ponts, notre aviation, par un bombardement intense,
tenta, sans succès, de détruire ceux de Sedan.

Ces précisions démontrent le manque de liaison entre l’armée de terre et l’aviation et permettent de mesurer l’importance néfaste de la décision de Pétain,
lorsque étant ministre de la guerre, en 1934, il enlève le commandement de l’aviation au commandant en chef de nos armées, qui, de ce fait, ne commande plus que l’armée de terre.

Le général Georges en Juin 1940, il ne participe pas au gouvernement mais Pétain le nomme Inspecteur général des armées.

Il sort de Saint-Cyr en 1897 et fait carrière en Afrique du Nord

En 1914 grièvement blessé sur le front, dans le nord de la France

En 1915, il est affecté à l’Etat-major de l’armée d’Orient

En 1918, il rejoint l’Etat-major du général Foch

En 1925-1926, dans la guerre du Rif (Marco), dirigée par le maréchal Pétain, il est son chef d’Etat-major

En 1928, Il est le chef de cabinet d’André Maginot, ministre de la guerre

Il devient membre du conseil supérieur de la guerre en 1932.

En 1935, est nommé adjoint du général Gamelin. A ce titre, en 1939, il commande les armées du Nord Est (front des opérations avec l’Allemagne, de la mer du nord à la frontière suisse).

Par un manque de réaction, mais surtout par une répartition désastreuse des armées et des moyens, il porte une responsabilité incontestable dans la défaite.
L’armée Giraud, qui, au départ, était en couverture du secteur de Sedan, avait été transférée à l’extrême nord.
A ce point névralgique, il ne restait que des unités B, troupes de réservistes non aguerries et mal armées, alors que les troupes d’active avec leurs chars étaient regroupées derrière la ligne Maginot,
les trois divisions blindées françaises, censées intervenir sur le secteur se trouvaient à plus de 100 kilomètres de la frontière, alors que de telles unités, avec tout le matériel d’accompagnement,
ne pouvaient qu’avoir une vitesse de déplacement ne dépassant pas 50 à 60 kilomètres par jour. Ce n’est que deux jours après l’attaque du 10 Mai qu’elles reçurent l’ordre de mouvement.
Le 14, à peine arrivées sur le front, sans avoir le moindre temps pour s’organiser, elles durent livrer bataille contre les blindés allemands qui avaient déjà passé la Meuse depuis un ou deux jours et enfoncé le front.

Il faut aussi citer deux cas majeurs de cette carence de nos chefs militaires
1. Après avoir étudié l’avance des blindés allemands, en Septembre 1939 en Pologne, le général Billotte, commandant le groupe d’armées qui se trouvait face à la frontière belge,
avait indiqué qu’en regroupant nos chars en unités blindés, les armées françaises pourraient faire face à une attaque allemande sur le front du Nord-Est (cela cinq mois avant l’attaque). Cette recommandation est restée lettre morte.

2. En Janvier 1940, le colonel de Gaulle adresse aux différents chefs de nos armées un mémorandum préconisant un même type de réorganisation.
Le général Georges le transmet, pour avis, au général Duffieux, membre du conseil supérieur de la guerre, ancien inspecteur général des chars qui répondit : « Les conclusions du colonel de Gaulle sont à rejeter ».

Dans cette défaite, la responsabilité de l’Etat-major n’en n’est que plus grande, car entre la date de la déclaration de la guerre,
3. Septembre 1939, et celle de l’attaque allemande, 10 Mai 1940, huit mois se sont écoulés. Ils auraient pu permettre l’organisation ou la réorganisation du dispositif de défense.
Si, sur ce secteur névralgique de Sedan, percé en 1870 et en 1924, rien ‘a été fait, à l’exception de la construction de quelque blockhaus supplémentaires,
les plus importants ne disposant souvent que d’une mitrailleuse et les plus petits d’un fusil mitrailleur, sans champ de mines de protection,
pour arrêter les chars ennemis n’ayant qu’une seul ligne de défense, sans aucun plan prévu en cas de repli.

Le général Gamelin:

sort de Saint-Cyr en 1893

En 1902-1911, il devient Etat-major du général Joffre et son chef de cabinet jusqu’en 1914. Il participe à l’élaboration de la bataille de la Marne

En 1915, il commande une brigade puis une division

En 1926-1927, en Syrie, il est adjoint ay général Sarrail

En 1930, il devient membre du conseil supérieur de la guerre

En 1935, il devient commandant en chef.

Voici un témoignage précis de la position du commandant en chef, sur la nécessité d’avoir ou non un nombre d’unité blindées égal à celui de l’Allemagne.
Nous reproduisions ici le texte du député Louis Noguères(3) où il rapporte le récit de Biondi, député, membre de la commission de l’armée, sur l’entretien qu’il y a eu avec le général Gamelin, devant les membres des commissions.

(3) Ce texte a été rendu public lors de la parution du livre – Vichy – Juillet 1940 – chez Fayard (2000). Ce livre est le recueil des notes de Louis Noguères rédigées sur le vif, entre le 3 et le 11 juillet 1940.
C’est au cours de cette période, qu’à Vichy, il y a eu la confirmation, par le député Jacquy, du récit que lui avait fait, en son temps, le député Biondi.
Louis Noguères en homme de rigueur, avait tenu à réunir ces deux députés, membres de la commission de l’armée,
avant de rapporter cet élément concret sur l’utilisation des unités blindées telle que la concevait le commandant en chef.

Fin Juin et les premiers jours de Juillet 1939, les membres des commissions de l’armée de la Chambre et du Sénat furent invités au camp de Mailly pour la présentation d’une unité blindée.
« J’y suis allé » dit Biondi. « Le général Gamelin nous présenté cette division, qui était dans une condition magnifique.
La présentation terminée, j’ai posé au général Gamelin la question suivante : « Mon général, combien avons-nous de division semblable ? ».
Réponse : « Celle que vous voyez et qui est complètement prête et deux autres qui sont sur le point d’être dans le même état ». J’ai demandé : « Et les Allemands ? ».
Et le général a répondu : « Les Allemands ont neuf division qui sont prêtes et trois en voie d’achèvement ». Aussitôt un mouvement s’est marqué parmi les commissaires qui avaient entendu le dialogue.
Alors Gamelin a repris : « Je devine, messieurs, votre sentiment, mais, laissez moi vous dire que ce n’est pas parce que les Allemands commettent une erreur que nous devons faire comme eux !
Vous comprenez bien qu’il n’existera jamais de champ de bataille assez vase pour permettre le développement de plusieurs unités comme celle que vous venez de voir…
des unités semblables peuvent réaliser des opérations locales comme celle à laquelle nous assistons aujourd’hui et dont le but est de réduire une poche,
mais jamais elles ne constitueront des unités capables d’engager une action offensive. »
De son côté le député Jacquy, autre membre de la commission a confirmé les questions et les réponses et a ajouté qu’après avoir évoqué la différence de proportions des unités blindées allemandes et françaises,
le général Gamelin s’adressant particulièrement à lui, dit «Vous savez bien qu’une cheval qui a soif ne vaut plus rien et vous devinez ce qu’il faut pour abreuver des animaux comme ceux-là… ».

Le général Vuillemin, commandant en chef de l’aviation : Au cours de guerre de 1914-1918, il s’est distingué à la tête de la 12ème escadrille d’avions de bombardement.
Il est promu général en 1933. Après l’armistice, sur sa demande il est mis en congé, en Novembre 1940.
Le 10 Mai 1940, le nombre des appareils français et anglais est sensiblement égal à celui de l’Allemagne car, dès fin 1939, la production française se trouve arrivée à un rythme appréciable.
Pour l’année 1939 et les cinq premiers mc de 1940 :

Bombardiers : 663

Avions de chasse : 2.515

Avions de reconnaissance : 537(4)(5)

(4) Ministère de l’armement.

Selon les militaires, ces appareils, n’étaient pas tous immédiatement « Bons de guerre », mais par ailleurs, l’Etat-major considérait devoir en maintenir un certain nombre loin à l’arrière, dans les dépôts,
il faut ajouter les livraisons américaines, commencées en Décembre 1939. De son côté l’Angleterre avait fait un même effort.
Toutefois, en Mai 1940, la France n’a pas de bombardiers légers (dits en piqué) en service. La technique française ne peut pas être mise en cause.
En 1936 un appareil de ce type a été présenté, mais les chefs militaires n’en ont pas retenu l’utilité.
En Mars-Avril 1938, le général Vuillemin demande de freiner la production des avions de bombardement pour développer la production des avions de chasse.
Parmi ces nouvelles productions, en 1939, une chaîne (Morane 405) fonctionne à l’usine de Bouguenais ; cette usine dépend de Saint-Nazaire qui travaille pour la marine.
C’est en Septembre 1939 qu’est décidé un programme de bombardiers légers (dits en piqué).
Alors, le général Vuillemin demande de reconvertir cette chaîne pour des appareils un peu du même type, le Lioret-Nieuport, (en semi piqué),
à l’origine prévu pour la marine, de performances égales et même supérieures au Skuta allemands. Si, en Mai 1940, de tels appareils ne sont toujours pas opérationnels,
cela est dû à ces retards dans les décisions, tant pour le choix des types d’appareils, que pour les mises en fabrication, à quoi s’ajoute le délai nécessaire à la formation des pilotes.
Pour une grande part, cet état d’esprit s’explique du fait que les chefs militaires, au plus haut rang, n’aient jamais cru à l’efficacité d’une aviation de combat.
De cette aviation, pour Gamelin « Cette forme de bataille ne sera qu’un feu de paille ». Quant au maréchal Pétain, il lui revient cette phrase : « Bah ! L’aviation c’est pour faire peur aux enfants ».
Pour eux, comme en 1914-1918, la puissance de feu de l’artillerie et l’infanterie restent les forces déterminantes.

(5) Précisions et chiffres donnés, lors du Procès de Riom, par Guy la Chambre, ministre de l’air, de Juin 1938 à Mars 1940.

Lors des combats, il y eut des pertes d’appareils ainsi que des destructions au sol. Le 16 Juin, sur l’ordre du général Weygand, plus de 800 appareils avec leurs équipages ont rejoint l’Afrique du nord.
200 appareils seraient restés à l’armée française d’armistice et plus de 1.500 avions modernes, la plupart stockés dans les dépôts, sont tombés aux mains des Allemands.
Dans cette défaite, la responsabilité de l’Etat-major n’en n’est que plus grande, car entre la date de la déclaration de la guerre, 3 Septembre 1939,
et celle de l’attaque allemande, 10 Mai 1940, huit mois se sont écoulés, Ils auraient pu permettre l’organisation ou la réorganisation du dispositif de défense.
Sur ce secteur névralgique de Sedan, percé en 1870 et en 1914, rien n’a été fait, à l’exception de la construction de quelques blockhaus supplémentaires,
les plus importants ne disposant que d’ une mitrailleuse et les plus petits d’un fusil mitrailleur, sans champ de mines.

Conclusion

Cet exposé de faits incontestables permet de mieux comprendre les premières phrases de l’appel du général de gaulle.
Il permet également de déceler les raisons qui ont poussé les militaires, après avoir pris le pouvoir, à rejeter la responsabilité de la défaite sur les hommes politiques et à axer sur ce thème toute leur propagande.
Ils sont mêmes allés jusqu’à les faire comparaître devant une Cour Suprême, spécialement créée à cet effet (le procès de Riom)(6).

(6) Bibliographie : Le procès de la défaite, par Frédéric Pottcher, 1989, Editions Fayard.

Pétain mit fin à ce procès lorsque les accusés démontrèrent sa responsabilité et celle de ses proches. Il est un point majeur de la propagande de l’époque,
plus particulièrement développé par l’extrême droite, qui semble rester encore ancré dans bien des esprits,
à savoir que la défaite serait surtout due à l’instabilité ministérielle de la 3ème république et à l’arrivé au pouvoir du Front populaire.

A l’examen des faits, cet argument s’avère infondé. Pour le respect de la réalité historique, il mérite, même rapidement, d’être évoqué.
A cette époque, la France était pacifiste. Ce n’est donc qu’à partir de 1933, année d’arrivée d’Hitler au pouvoir,
qu’il y a lieu d’examiner l’action des gouvernements sur le problème majeur de la défense et du réarmement de la France.

En 1933, le conseil des ministres (de centre gauche) est présidé par Edouard Daladier.
Devant le danger naissant, il obtient un vote du budget de la défense nationale en très forte augmentation, pour permettre, dès 1934, le démarrage d’un programme sérieux de réarmement.
Mais déjà, en 1933, un premier effort est fait. Citons un élément peu connu : la première brigade mécanisée de l’armée française est créée, cela sur la proposition du général Billotte…

Après le 6 Février 1934, le gouvernement Doumergue (dit d’union nationale, mais plutôt de droite), a pour ministre de la guerre le maréchal Pétain.
Par ses différentes décisions, il freine le processus et n’utilise que 2/3 des crédits votés en 1933 (400 millions sur les 600 millions votés).
Fin 1934, Pierre Laval devient ministre des affaires étrangères. Le ministre de la guerre est le général Maurin (jusqu’en 1936).
Le budget de défense nationale de 1935 est réduit de 40%, lorsqu’en Janvier 1935, Pierre Laval devient président du conseil des ministres.
Il continue sa politique qui se veut isoler Hitler, en tentant de passer des accords avec l’URSS et l’Italie Mussolini.
Avec l’URSS et Prague, il signe des accords d’assistance mutuelle avec l’Italie, le ralliement de Mussolini est conditionné à la possibilité d’avoir les mains libre en Ethiopie,
alors en cous de conquête, et à la cession de partie nord du Tchad. Sur ces promesses, Mussolini, en Avril 1935, à Stresa dit s’opposer à l’Anschluss.
Ces accords avec des régimes totalitaires sont impopulaires et, en Janvier 1936, Laval doit démissionner. Jusqu’aux élections de Mai 1936, c’est un gouvernement, disons de transition.
Profitant de cette situation, le 7 mars 1933 Hitler réoccupe la Rhénanie, sans réaction du gouvernement français qui, dans ce domaine,
ne peut suivre que l‘avis des chefs militaires, dont la plupart sont contre une intervention, tels les généraux Maurin(7), ministre de la guerre, Gamelin, commandant en chef et Georges, son adjoint.

(7) le 15 Mars 1935, le général Maurin, ministre de la guerre déclarait lors d’une séance de la Chambre des députés : Serions-nous assez fous pour aller en avant de notre barrière fortifiée à je ne sais quelle aventure ?

A l’approche de ces élections, fuse ce slogan de l’extrême droite « Plutôt Hitler que le Front populaire ».

Les élections de Mai 1936 sont gagnées par le Front populaire qui a formés un gouvernement présidé par Léon Blum.
Ce gouvernement ne peut être formé qu’avec la participation du parti racial-socialiste, dont Edouard Daladier est le président.
Celui-ci conditionne sa participation à un vaste programme de réarmement. Il y a un accord et le ministère de la défense nationale lui est confié le programme de réarmement,
la machine est en marche. Mais confronté à une disparité d’organisation de production, de même qu’à une volonté des industriels de l’armement de tirer le meilleur profit de la situation,
le gouvernement décide la nationalisation des usines maîtresses du secteur et, en Janvier 1937, des crédits militaires importants sont votés, avec un plan de cinq ans.
Pour augmenter la production ces usines deviennent également des pôles de répartition des commandes aux sous-traitants.

En 1936, 7000 usines travaillent pour la défense nationale. En 1939, elles sont 11 000 et, ainsi, les moyens de production sont triplés.

Par ailleurs, en conséquence des orientations sur les fabrications d’avions, données 1934 par le maréchal Pétain, ministre de la guerre,
auxquelles s’ajoutent les pertes de production (300 à 400 appareils)(8) dues aux grèves du premier semestre de 1938, la France par rapport à la production allemande va vers un déficit d’environ 800 appareils.

(8) Sources : Ministre de la défense nationale, E. Daladier.

Pour y remédier, le gouvernement commande alors 1000 avions (principalement des Curtiss) aux USA. Plusieurs centaines sont en service, en Mai 1940.

L’industrie de l’armement étant relancée, ce qui est fabriqué correspond alors aux demandes des militaires pour équiper notre armée.
En Mai 1940 en chars et en avions, les Alliés disposent de nombres à peu près égaux à ceux que l’Allemagne pouvait aligner sur le front.

En plus de la conception de la guerre qu’avaient nos chefs militaires, à l’examen des faits,
un constat s’impose : si un retard a pu être pris dans le réarmement de la France, il se situe entre Février 1934 à mi-1936, période durant laquelle le maréchal Pétain ou Pierre Laval se trouvaient aux postes de décideurs.

En fait, si l’instabilité ministérielle de la 3ème République ne fut pas en soi un bon élément en matières politique, elle n’a eu que peu d’incidence sur le réarmement.
La qualité du matériel nouveau et ses performances valaient celles du matériel allemand. En revanche, si à l’époque,
il était peut-être compréhensible de maintenir, à la tête de nos armées, les chefs militaires de la victoire de 14-18, cette inamovibilité a eu deux conséquences majeures.

(1) Ces chefs ne voyaient guère l’importance de remettre en question la forme de la guerre qui les avait amenés à la victoire,
ni de renouveler l’ensemble du matériel et de l’armement, dont une partie n’était plus adaptée aux besoins de 1940.

(2) Cette inamovibilité bloqua l’avancement de plus jeunes officiers et ce fut incontestablement une cause majeure du désastre militaire de 1940.

Par ailleurs, côté allemand, en 1918 l’armée allemande fut réduite à 100 000 hommes et son matériel en partie éliminé. Ses chefs vaincus s’en trouvèrent écartés.
Lorsqu’elle se reconstitua, de jeunes officiers furent promus à des postes importants, avec une toute autre conception de la guerre et avec un armement adapté.

La moyenne d’âge des généraux allemands était inférieure d’au moins dix ans à celle des généraux français. Pour exemple des âges respectifs en 1940 :

France : Pétain, maréchal de France, commandant en chef, 1917 à 1931, Inspecteur général de la défense aérienne, 1931-1934, ministre de la guerre 1934 (84 ans)

Weygand, commandant en chef 1931 à 1935 et ensuite en 1940 (73 ans)

Gamelin, commandant en chef 1935-1940 (68 ans)

Georges, adjoint du général Gamelin (65 ans)

Tous ces chefs en étaient restés à la guerre 1914-1918, avec une certaine auréole de gloire tant auprès des militaires que des civils, et même parmi les hommes politiques. Peu de monde osait s’y opposer.

Allemagne : Von Rundstedt, général, réorganisateur de l’armée allemande (62 ans)

Von bock, général, commandant d’un groupe d’armées en 1940 (60 ans)

Reinhardt et Guderian, deux généraux, commandants de groupe de Panzer (52 ans)

Rommel, général (48 ans)

Annexes

ETAT COMPARATIF DE NOS PRINCIPAUX ARMEMENTS MODERNES
Matériels1/06/361/09/301/05/40
Mortiers Brandt de 60 mm et de 81 mm 450 7.500 9.980
Canon antichars de 25 mm 1.280 3.800 6.000
Chenillettes blindées 700 3.800 6.000
Canon antichars de casemates 0 411 1.280
Chars de 12 tonnes Renault, Hotchkiss, FOM 0 1.780 2.665
Chars rapides SOMUA de 20 tonnes 0 261 416
Chars D 1 de 16 tonnes     150
Chars D 2 de 20 tonnes 17 50 260
Chars puissants B.B1 B 1 bis, de 30 tonnes 17 172 387
Automitrailleuses AMR = 7 tonnes      
AMC = 7 tonnes      
AMD 0 407 866
Matériels mixtes de fortifications 0 96 (1)
Matériels de petit calibre contre avions (20, 25, 40 mm) 0 321 2.140
Modernisation des 75 CA 25 400 (1)
Modernisation des 105 CA 0 124 (1)
Canons de 75 DCA modernes 38 392 688
Canons de 90, 94, 100 mm (DCA)     40
Mitrailleuses DCA de 13,2 mm     1.360

Source : Document fourni par la Commission Edouard Daladier d’Etudes parlementaire après la guerre.

(1) Séries terminées