Chapitre 1 : Repères



Chapitre 2 : L'évolution de la politique après le coup d'Etat du 11 juillet 1940


Annexes : Complément nécessaire


Repères

Pétain le 10 juillet 1940 à Vichy : l'histoire précise des événements. Par Jean Marielle, Président du Comité en l'honneur des Quatre-vingts parlementaires du 10 juillet 1940

Pour le respect de la vérité historique, de la manière la plus concise possible, il est nécessaire de résumer ce qui s'est passé à Vichy au cours de ces journées capitales, en s'en tenant strictement aux faits et en les situant dans le contexte de l'époque.

Le gouvernement en exil

Le 16 juin 1940, à Bordeaux, le maréchal Pétain, appelé par le Président de la République, forme un nouveau gouvernement.
Le 17, il dit à l'armée française de cesser le combat et il demande à l'Allemagne ses conditions pour conclure un armistice.
Ceux qui n'ont pas vécu cette période ne peuvent peut être pas bien comprendre ces événements.
Mais, sur les routes, harcelés par l'aviation allemande, dans une débécle absolue, militaires et civils refluaient vers le Sud.
Cette décision de Pétain, pour la plupart de ceux qui se trouvaient dans cette situation, fut accueillie comme la fin d'un cauchemar.
Ce fut dans cette confusion et ce désarroi, l'armistice signé, alors que les Français avaient bien d'autres soucis, que Pétain décida, sans respect des règles constitutionnelles, de convoquer une Assemblée Nationale, pour réviser la Constitution de la République !

Réviser la constitution

Le maréchal Pétain et ses proches, voulaient un pouvoir fort, échappant au contrôle parlementaire et à la signature du président de la République.
Laval, entré au gouvernement le 23 juin, proposa de convoquer une Assemblée Nationale et de faire réviser la Constitution afin de donner à Pétain les pouvoirs souhaités.
Le 28 juin, Pétain se rallia à la proposition de Laval et celui-ci fut nommé vice-président du Conseil des ministres.
A partir du 2 juillet, la convocation d'une Assemblée Nationale à Vichy fut faite par la presse et par la radio.

Une convocation illégale

Cette convocation n'aurait pas dû être signée par le Président de la République.
Dans son livre « Entre deux guerres » c'est ce que précise Paul-Boncour.
Il écrit « Convocation que le Président de la République a eu la faiblesse de signer ».
En fait, d'une part, le gouvernement n'avait pas encore eu l'investiture et, d'autre part, la loi constitutionnelle, du 25 février 1875, précisait que seules les Chambres, par délibérations séparées, pouvaient décider de la révision de la Constitution.
C'était seulement après décisions favorables des Chambres que le Président de la République pouvait signer la convocation d'une Assemblée Nationale pour procéder à la révision.

Un projet

Ce n'est que le 4 juillet, à Vichy, qu'un projet de loi, à soumettre au vote de l'Assemblée nationale, fut accepté en Conseil des ministres.
Il prévoyait de donner tous les pouvoirs au gouvernement de la République, sous la présidence du maréchal Pétain, pour élaborer une nouvelle constitution et la promulguer par des actes constitutionnels.
Cela était la négation même d'une règle fondamentale de la démocratie qu'est la séparation des pouvoirs.
Ce projet de loi ayant été approuvé par le gouvernement, Laval pensait avoir abouti dans ses manipulations des règles républicaines.
Le 5 juillet, faisant alors fi de la loi constitutionnelle du 14 août 1884, complétant celle du 25 février 1875, qui précise : « La forme républicaine du gouvernement ne peut faire l'objet d'une proposition de révision », devant des parlementaires arrivés à Vichy, d'une part environ 80 députés et d'autre part 60 sénateurs, Laval leur dit que la nouvelle constitution s'alignera sur celles de l'Allemagne et de l'Italie.

La motion Badie

Cette déclaration choqua bon nombre des parlementaires ; 27 députés rédigèrent et signèrent une motion, dite motion Badie, qui se terminait par cette phrase : «Mais refusent de voter le projet de loi qui non seulement donnerait à certains de nos collègues des pouvoirs dictatoriaux mais, aboutirait inéluctablement à la disparition du régime républicain ».
Egalement, sur l'initiative du sénateur Taurines, 38 sénateurs, anciens combattants, rédigèrent un contre-projet de loi qui accordait des pouvoirs assez larges au maréchal Pétain pour gouverner mais réservait la rédaction d'une nouvelle constitution aux commissions parlementaires, et ce, avec le gouvernement.
Cette constitution devant être soumise à la ratification par la nation dès que la situation le permettrait.

La loi constitutionnelle du 25 février 1875 prévoyait que la Constitution pouvait être révisée ; elle en fixait les règles dont la majorité à celle des élus (sénateurs et députés), soit en 1940, une majorité à 467.
Le Président Jeanneney, Président du Sénat, de ce fait Président de cette Assemblée Nationale, accepta de tenir compte des élus communistes déchus de leur mandat et des décès, ce qui ramena la majorité à 426.

Un projet modifié

Dès que ces deux oppositions, de députés et de sénateurs, furent connues, Laval et Pétain n'étaient plus certains d'obtenir la majorité sur leur projet de loi.
Lors de la réunion du conseil des ministres du 9 au soir, le ministre socialiste Rivière, ministre des colonies, proposa d'ajouter au projet de loi « que la nouvelle constitution serait ratifiée par la Nation ».
Le 10 au matin Laval présenta aux parlementaires le projet de loi modifié.
Si dans le nouveau texte, le pouvoir constituant était toujours délégué au gouvernement, cet ajout étant inclus dans la dernière phrase du projet de loi, celle-ci devenait : « Elle (la constitution) sera ratifiée par la nation et appliquée par les assemblées qu'elle aura créées ».
Cette rédaction reprenait les termes du contre-projet des 38 sénateurs.Elle levait toute ambiguïté.
Ainsi, le gouvernement de la République, présidé par le maréchal Pétain, devait gouverner dans le cadre de la constitution en vigueur, et ce, jusqu'à la ratification par la nation de la nouvelle constitution.
Le 10 au matin, en annonçant cette modification, Laval promit aux parlementaires que le gouvernement travaillerait avec les commissions des Chambres.

Une confiance...

569 parlementaires votèrent le projet de loi modifié.
Il est incontestable que la plupart d'entre eux avaient toute confiance en Pétain pour respecter la teneur de la loi.
Cette affirmation que cette modification entraîna une majorité écrasante, se fonde sur le fait qu'après la modification, 23 des sénateurs soit 60%, sur les 38 qui avaient rédigé un contre-projet, votèrent le texte du gouvernement et parmi eux le sénateur Taurines qui avait été l'initiateur de ce contre-projet.
De ces sénateurs, seulement 12 votèrent contre et 3 se sont abstenus.
Par contre, sur les 27 députés, signataires de la motion Badie qui refusait de déléguer le pouvoir constituant au pouvoir exécutif, seuls deux ont été influencés par la modification du projet de loi.
Par leur vote, sans en avoir pour la plupart conscience, ces 569 parlementaires avaient ouvert la voie à un coup d'Etat.

...mais relative

Par contre, conscients du danger qu'il y avait de déléguer le pouvoir constituant aux détenteurs du pouvoir exécutif, malgré les menaces et les pressions dont ils furent l'objet, Quatre-vingts parlementaires votèrent contre ce projet de loi modifié.
Par leur clairvoyance, leur civisme républicain et leur courage, ils ont sauvé l'honneur de la République
.

Un coup d'Etat

Le coup d'Etat fut rapide ; le lendemain, 11 juillet, dès que les parlementaires eurent quitté Vichy, contrairement à ce que prévoyait la loi votée la veille, Pétain signa trois actes préparés avec Alibert, son secrétaire d'Etat, une de ses relations privilégiées depuis 1934, pour qui la République était la gueuse qu'il fallait abattre.
Pour être prêts dès le 11, il est vraisemblable que ces textes étaient déjà rédigés dans la logique de la première version du projet de loi, avant qu'il y soit ajouté que la constitution serait approuvée par la nation et appliquée par les assemblées qu'elle aurait créées.

Un régime de dictature

Ces actes ne furent donc que forfaitures et non pas des actes constitutionnels.
Par ceux-ci, Pétain s'arrogea le titre de Chef de l'Etat, renvoyant le Président de la République ; il ajourna les Chambres ; il s'accorda les pouvoirs exécutif, législatif et dans les faits, également, le pouvoir judiciaire.
Après avoir signé ces trois actes qui instauraient un régime de dictature, Pétain dit tout simplement « Voilà ».
Le 11 juillet, il formait son nouveau gouvernement qui n'était plus celui de la République.

Le regret de certains parlementaires

Le vote du 10 juillet 1940 et sa suite du 11 furent très bien résumés par le député Antier.
Maurice Schumann, avec qui je me suis entretenu de ces événements, m'a dit : « Le premier parlementaire a avoir rejoint Londres fut le député Antier.
Il avait voté le projet du gouvernement.
Comme je lui demandais ce qui s'était passé à Vichy, il me répondit tout simplement « Le 10 juillet je me suis trompé, le 11 juillet j'ai été trompé ».

Notre devoir

Notre devoir est que ces événements ne soient plus occultés comme c'est encore le cas actuellement car bon nombre de Français, jeunes et moins jeunes, en sont encore à la version répandue par Pétain et Laval pour mieux abuser les Français : « Le 10 juillet 1940, les parlementaires ont accordé les pleins pouvoirs au maréchal Pétain ».
Après la Libération, cette contrevérité arrangeait tous ceux qui, plus au moins consciemment, avaient servi ce régime.

L'évolution de la politique après le coup d'Etat du 11 juillet 1940

Les premières mesures de Pétain

Par deux remaniements ministériels des 27 juillet et du 6 septembre 1940 Pétain élimine tous les parlementaires du gouvernement à l'exception de Laval mais, il le fait arrêter le 13 décembre 1940.
Quant à Alibert, le principal rédacteur des textes, dits constitutionnels, du 11 juillet et du statut des juifs du 3 octobre 1940, il le renvoie comme un valet en février 1941.
Pour ce qui est du général Weygand, son appui majeur pour la demande d'armistice, le 6 septembre 1940, il l'écarte du gouvernement en le nommant Gouverneur général pour l'Afrique.
Ayant éliminé ses principaux comparses, il devient alors le maître sans partage.
Ainsi, pendant au moins seize mois, jusqu'au retour de Laval au gouvernement, en avril 1942, Pétain porte l'entière responsabilité des mesures de répression et de collaboration civile, économique et militaire décidées durant cette période.
Pour bien comprendre le cheminement politique de Pétain, il est nécessaire de le situer depuis 1934.
En France, après les événements de février 1934, un gouvernement d'union nationale avait été formé sous la présidence de Gaston Doumergue.
Celui-ci, pour tenter de calmer l'extrême droite, avait offert au maréchal Pétain de faire partie de son gouvernement comme ministre de la guerre.
Celui-ci avait accepté et intimé au mouvement des Croix de feu, composé d'anciens combattants de 14-18 de cesser son agitation.
Ce mouvement, qui ne cachait pas sa volonté d'aller vers un pouvoir fort, se transforma en parti politique sous le nom de Parti Social Français (PSF).
Dans cette période troublée, l'idée d'une révision constitutionnelle était assez souvent évoquée.
Gaston Doumergue, l'ayant envisagée, son gouvernement fut mis en minorité et il avait du démissionner.
Aux élections des députés, en 1936, la victoire du Front Populaire ressouda tous ces éléments d'extrême droite avec une partie de la droite.

Les étroites relations avec l'extrème droite

En plus de sa sympathie pour les Croix de feu, il est incontestable que Pétain était en très bonne relation avec la mouvance d'extrême droite française qui gravitait autour de Maurras.
Celle-ci souhaitait un retour à la terre, la mise au pas des syndicats ouvriers et la remise en cause des lois sur l'enseignement.
Ces points étaient dans les vues de Pétain qui ne s'en était jamais caché.
Mais cette extrême droite était viscéralement antirépublicaine, ultranationaliste donc xénophobe et antisémite.
Pétain n'a jamais condamné ces idées, même quand publiquement cette extrême droite publiait dans sa presse « C'est Pétain qu'il nous faut », s'entend à la tête de l'Etat.
Cette mouvance était minoritaire dans l'opinion française.
La République était, selon ses termes, « La gueuse qu'il fallait abattre ».
Elle ne pouvait donc parvenir au pouvoir que par un coup d'Etat.
Elle avait besoin d'un chef emblématique.
En 1934, Pétain, devenu ministre, pouvait alors devenir l'homme de la situation.
Son approche fut particulièrement menée par Alibert (l'ami de Maurras), ce qui ne sembla pas déplaire à Pétain.
Ainsi, Alibert l'accompagna en Espagne lorsqu'en 1939 il fut nommé ambassadeur auprès de Franco.
(Alibert, Maître des requêtes au Conseil d'Etat, était professeur de droit constitutionnel).

L'armistice franco-allemande et ses cinqs conditions

Le 16 juin 1940, devenu Président du conseil des ministres, il fait d'Alibert son Secrétaire d'état.
Le lendemain, Pétain demande à l'Allemagne ses conditions pour un armistice.
L'ensemble de l'extrême droite se regroupe immédiatement derrière Pétain qui s'appuya sur elle pour appliquer, de suite, les idées qu'il faisait siennes.
Assez rapidement, la grande majorité de la hiérarchie de l'église catholique lui apporta son appui.
Bon nombre d'anciens combattants voyaient en lui le Pétain de 14-18.
C'est fort de tous ces appuis qu'il prit alors des décisions irréversibles, à savoir :

  1. Le 11 juillet 1940, en violation de la loi votée la veille, qui prévoyait qu'une nouvelle constitution ne serait applicable, après sa ratification par la nation, que par les assemblées qu'elle aurait créées, Pétain met fin au régime républicain, en instaurant une dictature, s'engageant ainsi, délibérément, dans la voie de l'extrême droite dont certaines de ses composantes, en 1936, disaient publiquement « Plutôt Hitler que le Front populaire ».
    Par un autre acte, du 12 juillet, de Laval alors Vice-président du nouveau gouvernement, il en fait son dauphin. Dans ce gouvernement, Alibert est devenu le ministre de la justice.
  2. Le 27 juillet 1940, Pétain abroge le décret réprimant les insultes raciales et confessionnelles et ce, afin de permettre à la presse à sa dévotion de faire une propagande xénophobe et antisémite éhontée. Il est regrettable que cette décision, ignoble, mais capitale pour sa politique, soit trop souvent passée sous silence, même par des historiens.
  3. Le 3 septembre, une loi autorise les Préfets à prononcer des internements administratifs. Appliquée à l'encontre d'environ deux mille citoyens français dans le mois qui suivit, elle permit, au cours des mois et des années, l'internement de bon nombre d'opposants et des juifs étrangers, (première étape vers la déportation).
  4. Le 3 octobre, c'est la Loi sur le statut des juifs. Pétain participe personnellement à sa rédaction, plus particulièrement en ce qui concerne l'enseignement.Une seconde loi, du 2 juin 1941, renforça les exclusions à l'encontre des personnes ainsi définies comme étant de race juive. Le racisme et l'antisémitisme deviennent des bases du régime.
  5. Le 30 octobre 1940, c'est le point d'orgue de la mise en place de cette politique d'extrême droite.
    Considérant certainement avoir suffisamment aligné son régime sur celui de l'Allemagne nazie, Pétain annonce aux Français, après avoir, à Montoire, sur sa demande, rencontré Hitler, qu'il fait entrer la France dans la collaboration avec l'Allemagne.
    Rappelons qu'afin de pouvoir appliquer cette politique, en novembre 1940, 50 préfets avaient été révoqués ou mis à la retraite d'office.

La collaboration

Le bref délai, dans lequel toutes ces mesures furent prises par Pétain, fit qu'elles furent ignorées par beaucoup de Français qui étaient encore traumatisés par la défaite.
Pétain a su mettre à profit cette situation pour engager la France dans la voie qui apporta une aide appréciable à l'effort de guerre de l'Allemagne, en mettant à son service toute l'administration, l'industrie, l'agriculture et la police.
Mais, il ne faut jamais oublier le volet de la collaboration militaire voulue par Pétain et , en 1941, appliquée avec zèle par l'amiral Darlan, son nouveau dauphin, pour qui l'ennemi commun à abattre était l'Angleterre comme il le déclara après sa première rencontre avec Hitler, en février 1941.

De cette collaboration militaire, citons :

 

Pétain en était arrivé à un véritable renversement d'alliances. Il n'en était donc plus à l'armistice qui semble n'avoir été qu'un premier pas dans cette voie.

La contestation

L'on était bien loin de celui qui se présentait en digne vieillard, maréchal de France, disant « Qu'il faisait don de sa personne à la France », captant ainsi, en juin 1940, la confiance de nombreux Français.
Il est toutefois très important de signaler que, dès juin et juillet 1940, de jeunes officiers, pourtant proches de l'extrême droite, refusant l'armistice, rejoignent le général de Gaulle.

La répression

La répression : La police française se trouva au service du régime ; recevant des ordres, elle les exécuta.
Ce fut l'encouragement à la délation, ensuite, la répression et la participation à la déportation.
Tout cela avec l'appui très actif, en zone dite libre, du Service d'Ordre de la Légion des anciens combattants (S.O.L), créé en août 1941. En fait, ce Service d'Ordre Légionnaire correspondait aux SA nazis.
Il est devenu, en janvier 1943, la Milice, digne pendant et sinistre auxiliaire de la Gestapo. Elle a alors sévi dans toute la France. Elle pratiqua la torture, les assassinats.
En 1944, elle tint des cours martiales dans les prisons, en faisant fusiller, dans la cour même de la prison, les prisonniers qu'elle avait décidé de supprimer.
Ce S.O.L, cette Milice et la police, dont, pour elle, le triste symbole de sa répression restera la rafle du Vel d'Hiv de juillet 1942, qui valut, à ses chefs, les félicitations personnelles d'Hitler, furent l'enchaînement logique des cinq premières mesures prises par Pétain et énumérées ci-dessus.

Les tribunaux d'exceptions selon Pétain

Comme dans toute dictature ce fut aussi la création de tribunaux d'exception, à savoir :

  1. Le 27 juillet 1940, est créée la Cour suprême de justice pour juger les hommes politiques, accusés d'être les responsables de la défaite.
    Ainsi, les militaires qui avaient perdu lamentablement la bataille de France et pris le pouvoir tentaient de se dégager de leurs responsabilités.
  2. Les magistrats, de cette Cour suprême de justice, chargés de l'instruction de ce procès, n'ayant relevé aucune charge à l'encontre de quelques hommes politiques déjà emprisonnés, Pétain déclara qu'il les jugerait lui-même.
    En octobre 1941, il créa « Le Tribunal de justice politique » composé de cinq juges, choisis par lui, chargés de lui proposer des peines qu'il prononcerait et ce, sans comparution ni avocat.
    Ainsi, il condamna lui-même, selon son choix, des hommes politiques à la prison à vie.
  3. Le 14 août 1941, trouvant que les lois en vigueur comportaient des peines limitées et qu'il y avait une application trop indulgente de la part de certains juges, et ce, à l'encontre des résistants et plus particulièrement des communistes, le gouvernement décida la création de sections spéciales auprès des tribunaux militaires et des cours d'appel.
    Ces sections spéciales étaient réservées pour juger ces cas. Elles devaient rendre des jugements sans délai d'instruction et les sanctions prévues allant jusqu'à la peine de mort, sans possibilité d'appel.
    De plus, fait jamais vu, même dans les lois de l'Allemagne nazie, cette loi avait un effet rétroactif (son application pouvant concerner des faits antérieurs à la loi et même de rejuger, pour les mêmes faits, des prisonniers déjà condamnés).
    Ainsi, l'arbitraire absolu devenait la loi, sur décision personnelle de Pétain qui n'accepta pas la modification du projet de loi malgré la mise en garde du Garde des Seaux. Ce dernier s'inclina et signa la loi.

Une répression antisémite

Fin 1941, les prisons étaient pleines (les désaffectées remises en service), à cela il faut ajouter les camps d'internements où se trouvaient des personnes, internées sur décision des préfets, dans le cadre de la loi du 3 septembre 1940.
Fin 1941, le nombre de ces internés était d'environ 40.000, la plupart des juifs français et étrangers.
Cette répression antisémite fut, au départ, menée assez discrètement du fait que, pour ne pas perdre son Aura auprès de beaucoup Français, Pétain n'avait pas fait porter l'étoile jaune aux juifs de la zone Sud.
Ainsi, les premières déportations, d'avril 1942, furent-elles peu connues et, seule, une partie de la hiérarchie de l'église catholique, qui jusqu'alors soutenait Pétain et qui, vraisemblablement, était plus à même de connaître ces évènements, dénonça cette ignominie.
Il est certain que jugé aujourd'hui, Pétain le serait pour crime ou complicité de crime contre l'humanité.
Au regard de ces faits majeurs, les témoignages de ses amis, de ses complices, d'admirateurs ou tout simplement d'ignorants des faits tendant à minimiser sa responsabilité en lui cherchant des excuses, sont de bien piètres arguties.

Une volonté d'oublie...

Une certaine volonté d'oubli : après la guerre, sur cette forme de complicité avec l'Allemagne nazie, il y eut une volonté de silence. Cela du fait que bon nombre de Français avaient suivi Pétain, ses adeptes et ceux qui avaient obéi aux ordres, mais aussi, ceux qui avaient fait une confiance aveugle à un artisan de la Victoire de 1918, dont des anciens combattants de 14-18, également la hiérarchie de l'église catholique, même si, comme il est précisé ci-dessus, une partie de celle-ci, s'était désolidarisée de Pétain.
Tous avaient une volonté convergente d'oubli.

...mais un passé qui nous rattrape

Les affaires Touvier, Bousquet et Papon ont commencé à lever le voile sur cette période.
Le président de la République, Monsieur Jacques Chirac, a montré le chemin, en reconnaissant la responsabilité de la France dans la rafle du Vel-d'Hiv.
De son côté, l'église catholique a fait acte de repentance à Drancy.
Si, en faisant preuve de compréhension, l'on pourrait admettre que, pendant quelques décennies, en vue de tenter de réconcilier les Français, nos dirigeants, au plus haut niveau, aient eu une certaine volonté de silence, maintenant, le devoir de tout citoyen responsable est d'informer la jeunesse pour qu'elle tire la leçon de ces événements afin qu'ils ne puissent se renouveler

En conclusion

La Démocratie et la République seront toujours fragiles et dans le cadre de la Vérité historique, nous devons rappeler comment, en quelques jours, profitant du désarroi et de la confusion, Pétain, ce maréchal de France au glorieux passé militaire, en qui la plupart des Français avaient une entière confiance, en trompant celle-ci, a pu mettre fin au régime républicain, instaurer une dictature en s'inspirant de celle de l'Allemagne nazie et se mettre délibérément à son service.
Pour cette période, il est certainement encore plus aisé pour beaucoup de Français de dénoncer les dictatures d'Hitler, de Mussolini ou de Franco mais, les faits incontestables décrits ci-dessus, font partie de notre Histoire et vouloir en cacher tout ou partie aux jeunes générations serait bien coupable.
Pour que cet enseignement puisse se faire d'une manière efficace, il est nécessaire que l'appellation anodine « Gouvernement de Vichy », qui fait oublier les noms de ceux qui ont instauré la dictature et qui ont délibérément offert leur collaboration à l'occupant nazi, soit remplacée par une expression plus appropriée qui inclurait la forme du régime et le nom du principal responsable, telle « La dictature de Pétain ».
Ce serait le moyen de rappeler la vérité historique mais aussi d'honorer les Quatre-vingts parlementaires qui, le 10 juillet 1940, avaient compris la voie dans laquelle Pétain s'engageait.
Agir en ce sens est, me semble-t-il, le devoir de tout républicain.

Annexes

Les événements du 16 au 21 juin 1940, à Bordeaux

En complément nécessaire : les événements du 16 au 21 juin 1940, à Bordeaux, lorsque Pétain envisageait de faire arrêter le Président de la République.
Pour la clarté de l'exposé sur la prise de pouvoir par Pétain, à Vichy, les faits qui eurent lieu à Bordeaux, du 16 au 21 juin 1940, n'y ont pas été inclus.
Toutefois, il est très important de les connaître, sans quoi l'on comprendrait assez mal comment un maréchal de France, tel Pétain, même si son orientation politique depuis la décennie qui précède 1940 était connue, a pu s'engager dans cette voie sans issue, surtout si l'on tient compte de la prudence et de la réserve pratiquées tout au long de sa carrière.
Cet examen des faits permet de mieux déterminer à quel moment il prit cette décision qui, au départ, fut d'accepter de discuter d'un armistice avec son gouvernement se trouvant à la merci de l'ennemi.

L'étude des faits en fournit l'explication chronologique.

A Bordeaux, le 17 juin par l'intermédiaire de l'Espagne, Pétain demande à l'Allemagne ses conditions pour conclure un armistice.
Le 19 juin 1940, à 6 heures du matin, le gouvernement apprend que l'Allemagne accepte d'en discuter.
Le Président de la République et les Présidents de la Chambre des députés et du Sénat sont d'avis que ces discussions ne doivent pas être menées avec le gouvernement français en position de totale infériorité, (pouvant être prisonnier dans les quelques jours qui suivent) alors que notre Marine est presque intacte et que la France dispose de son Empire.

Pétain s'installe doucement

Dans l'heure qui suivit, un conseil des ministres s'est tenu.
Sur la proposition du Vice-président du Conseil, Camille Chautemps, il fut décidé, en plein accord avec Pétain, que dans l'après midi du lendemain, le Président de la République, les Présidents des Chambres et le gouvernement partiraient pour Port-Vendres et, le 21, s'embarqueraient pour Alger, Pétain restant à Bordeaux pour mener les discussions sur les conditions d'un armistice (Il ne voulait pas quitter la France, il s'y était engagé dans son allocution radiodiffusée du 17 juin).
Les pouvoirs furent donnés à Camille Chautemps pour gouverner depuis Alger au cas où ces conditions seraient jugées inacceptables et un paquebot, le Massilia*, devait être mis à la disposition des parlementaires qui voudraient suivre le gouvernement.
A Bordeaux, au cours de ces journées, il y avait environ 130 parlementaires.

* Sur le Massilia, qui partit, le 21 juin, de Bordeaux, plus exactement du Verdon, 27 parlementaires s'étaient embarqués, parmi eux plusieurs anciens ministres et un ancien président du conseil qui voulaient tenter d'aller continuer le combat depuis l'Afrique du Nord.
A leur arrivée à Casablanca, l'armistice avait été signé. Ils furent bloqués sur le Massilia pendant deux jours.
Bon nombre d'entre eux furent arrêtés, ramenés en France (fin juillet et courant août) jugés et condamnés, d'autres maintenus en prison sans jugement.
En 1944, deux de ces anciens ministres Jean Zay, qui avait été condamné, par un tribunal militaire, à la déportation à vie et Georges Mandel, condamné, sans jugement, à la prison à vie, personnellement par Pétain, furent assassinés par la Milice.

Le 20 juin 1940

Au début de la matinée du 20, Laval, sénateur, qui n'était pas au gouvernement, alla trouver le Président de la République pour le dissuader de partir.
Il essuya un refus. Ensuite Laval rencontra le maréchal Pétain et lui tint ce raisonnement : si le gouvernement, depuis Alger, n'acceptait pas les conditions d'armistice, un nouveau gouvernement serait formé et que lui, Pétain, n'en ferait pas partie.
Selon de ce qui est connu, de Pétain, toujours prudent, Laval n'obtint pas de réponse.
Cette intervention semble l'avoir sérieusement marqué.

Peu de temps après cet entretien, Pétain et Chautemps s'étant rendus chez le Président de la République pour organiser le départ, prévu pour l'après midi, survint Alibert, le Secrétaire d'état de Pétain, qui dit qu'il venait d'apprendre que les Allemands n'avaient pas encore franchi la Loire (ce qui était faux) et que le départ pourrait être remis au lendemain.
Quoique au courant de la situation militaire, Pétain ajouta « ce sera plus prudent ». Le président de la République, sur cette intervention de Pétain accepta ce report et lendemain le départ ne put avoir lieu.
Après cette réunion, Paul Baudouin, ministre des Affaires étrangère demanda à Pétain « Et si le Président de la République persiste dans sa décision de départ », Pétain lui répondit « Eh bien, dans ce cas je le ferai arrêter ».
Sans aucun doute, c'est à ce moment que Pétain, déjà bien engagé dans une acceptation de la défaite de l'armée française, a basculé définitivement dans cet engrenage dont on connaît la suite.
De plus, il faut précisé que, sur du papier à entête du Président du conseil, Alibert avait fait porter à chaque ministre une note indiquant qu'il ne devait pas quitter Bordeaux avant le lendemain 21.
Dans le gouvernement du 12 juillet l'on retrouve Laval au poste de Vice-président du Conseil, dont Pétain fait son dauphin et Alibert ministre de la justice.
Alibert a toujours affirmé qu'il avait agi de son propre chef, sans collusion ni avec Pétain, ni avec Laval et que, sans cette fausse nouvelle et son faux message aux ministres, Pétain n'aurait jamais été chef de l'Etat.
Cette attitude de dire que s'était lui qui avait permis à Pétain d'accéder à la tête de l'Etat, fut pour beaucoup dans son renvoi mais, seulement, après utilisation de ses compétences de juriste en matière constitutionnelle pour la rédaction des actes qui permirent la mise en place rapide du régime de dictature et pour l'élaboration du statut des juifs du 3 octobre 1940.
Quant à Pétain et Laval, il n'est pas connu qu'ils aient, l'un ou l'autre, fait de commentaire sur ce sujet.